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1.1 Contexte
Compte tenu des pénuries anticipées de travailleurs spécialisés, il est important de bien comprendre les obstacles touchant l’embauche et la formation des apprentis. Les résultats d’une étude récente commandée par le Forum canadien sur l’apprentissage – Canadian Apprenticeship Forum (FCA-CAF) indiquent que le coût de l’apprentissage constitue un obstacle important aux yeux des employeurs5. Les coûts assumés par les employeurs incluent non seulement le salaire, mais également le temps que consacre le compagnon à la formation de l’apprenti. D’autre part, l’apprentissage offre d’importants avantages. Si l’apprenti demeure à l’emploi de l’entreprise et devient un compagnon qualifié, l’employeur en retire des avantages supplémentaires comme un accroissement de la productivité. Cependant, une entreprise concurrente peut aussi arracher à l’entreprise un compagnon qualifié qu’elle vient de former comme apprenti (ce qu’on appelle souvent « un compagnon-maison »). Pour l’employeur, ce risque de maraudage décourage les investissements en apprentissage. Voilà certaines des questions étudiées dans ce rapport.
Des études réalisées dans ce domaine se sont surtout intéressées aux coûts de l’apprentissage6. Cette étude a été entreprise pour examiner le coût apparent de l’apprentissage et le manque de recherche sur les avantages de l’apprentissage. Elle analyse donc les coûts et les avantages de l’apprentissage dans plusieurs métiers des secteurs des services, de la construction et de l’industrie. Au Royaume-Uni, un projet de recherche similaire a chiffré les coûts et avantages de l’apprentissage dans cinq industries, soit l’ingénierie, la construction, la vente au détail, l’administration des affaires et les services de l’accueil7. Les coûts assumés par l’employeur comprenaient le salaire, les coûts de supervision et de formation alors qu’on retrouvait au nombre des avantages la contribution de l’apprenti à la production et les subventions gouvernementales à l’apprentissage.
Cette étude et d’autres recherches semblables en arrivent souvent à la conclusion que les coûts l’emportent sur les avantages pour plusieurs employeurs investissant en apprentissage. Cette conclusion est contraire à l’intuition. Par conséquent, il semble que plusieurs études ont omis ou écarté des avantages qui ne sont pas facilement chiffrables. Exclure ces facteurs pourrait avoir pour conséquence de sous-estimer les avantages de l’apprentissage. En outre, plusieurs études ont utilisé les coûts comptables au lieu des coûts de substitution pour évaluer le coût du temps que le compagnon consacre à la formation des apprentis. Lorsque le compagnon offre la formation pendant qu’il ne contribue pas à la production (pour générer des revenus), le coût de substitution est inférieur au coût comptable. L’utilisation du coût comptable surestime alors le coût de l’apprentissage pour l’employeur. L’analyse effectuée dans le cadre de cette étude s’appuie sur les coûts de substitution et s’efforce d’évaluer les autres avantages qualitatifs associés à l’apprentissage.
1.2 Objectifs et portée de l’étude
Afin d’avoir une idée plus précise du coût de l’apprentissage et du rendement des investissements en apprentissage pour les employeurs, le FCA-CAF a chargé R.A. Malatest & Associates Ltd. et Le Conference Board du Canada d’évaluer les coûts et les avantages de l’apprentissage8. Les objectifs globaux de la recherche sont les suivants :
- établir l’ensemble des coûts engagés par les employeurs de la communauté de l’apprentissage qui embauchent et forment des apprentis;
- découvrir les facteurs (taille de l’entreprise et région, p. ex.) influant, s’il y a lieu, sur le coût le rendement sur l’investissement en formation; et
- faire ressortir les avantages monétaires et non monétaires de l’apprentissage.
Les données proviennent d’une enquête nationale réalisée entre septembre 2005 et février 2006 par R.A. Malatest & Associates Ltd. auprès d’employeurs présents dans 15 métiers. L’instrument de sondage a d’abord mis au point par Prism Economics and Analysis. Par la suite, il a été modifié par R.A. Malatest & Associates Ltd. en consultation avec le FCA-CAF pour veiller à ce qu’il saisisse les renseignements requis pour effectuer une analyse coûts-avantages détaillée. De son côté, Le Conference Board du Canada a utilisé les données fournies par les employeurs pour établir des estimés coûts-avantages pour les divers métiers en vue de déterminer le bénéfice (ou coût) net de l’apprentissage.
Pour que l’étude reflète plusieurs métiers spécialisés, on a évalué les coûts et les avantages de l’apprentissage dans les 15 métiers suivants :
- Briqueteur;
- Calorifugeur;
- Carrossier de véhicules automobiles;
- Charpentier;
- Conducteur de grue mobile;
- Cuisinier;
- Électricien en construction;
- Installateur de réseaux de gicleurs;
- Machiniste;
- Mécanicien d’équipement lourd;
- Mécanicien en réfrigération et en climatisation;
- Mécanicien industriel (de chantier);
- Outilleur-ajusteur;
- Technicien à l’entretien et à la réparation d’automobiles; et
- Tôlier.
Le rendement des investissements en apprentissage pour les employeurs : Un projet pilote touchant 15 métiers visait à recueillir des renseignements sur 15 métiers auprès de quelque 300 employeurs, soit 20 employeurs par métier. Ce rapport présente un résumé des résultats venant des renseignements fournis par les 433 employeurs ayant participé au projet. L’annexe A décrit l’échantillon d’employeurs. De plus, l’annexe B offre de plus amples renseignements sur le processus d’administration du sondage.
1.3 Facteurs à prendre en considération
Cette étude a évalué les coûts et les avantages de l’apprentissage pour les employeurs dans 15 métiers. Cependant, il convient de souligner qu’il a été impossible de saisir l’ensemble des variations dans chaque métier en raison de la taille restreinte de l’échantillon. Les résultats rendent compte des moyennes de tous les employeurs, non pas des coûts et avantages de l’apprentissage pour chaque employeur interrogé.
Bien que les coûts associés à l’apprentissage soient habituellement quantifiables, il est plus difficile d’en mesurer les avantages. Le questionnaire a été conçu pour enregistrer les mesures qualitatives des avantages associés à l’apprentissage. Toutefois, il convient de souligner que ces avantages proviennent des évaluations subjectives des employeurs. Compte tenu de la participation de quelque 400 employeurs, les données nationales sont dignes de confiance. Toutefois, il faut interpréter avec prudence les données relatives aux métiers en raison des échantillons restreints et non représentatifs de répondants.
Au cours de la sélection des échantillons, il a été difficile de trouver des employeurs embauchant des apprentis dans des métiers comptant peu de travailleurs. Ainsi, le nombre de travailleurs exerçant les métiers de conducteur de grue mobile (11 245), d’installateur de réseaux de gicleurs (17 730) et d’outilleur-ajusteur (17 025) est beaucoup moins élevé que la moyenne de 58 414 travailleurs dans les 12 autres métiers9. Pour ces métiers, les échantillons sont donc inférieurs à l’objectif de 20 employeurs par métier. Par conséquent, le lecteur doit être prudent avant de tirer des conclusions générales sur les coûts et avantages de ces métiers pour l’ensemble des employeurs du Canada.
On comprend mieux le défi posé par la recherche d’employeurs embauchant des apprentis quand on sait qu’à peine 16,8 % des employeurs joints par R.A. Malatest & Associates Ltd., soit 1 941 employeurs sur un total de 11 550, ont été jugés admissibles (ils ont actuellement des apprentis à leur emploi ou en ont embauchés au cours des deux dernières années). Environ un employeur sur cinq répondants admissibles a rempli le questionnaire.
En général, la majorité des employeurs ont dit que remplir le questionnaire du sondage avait été un défi, non seulement en raison du temps requis (une heure ou deux), mais aussi des réponses détaillées à fournir. On a donc assuré un suivi poussé auprès des employeurs pour vérifier l’exactitude des renseignements fournis. Les employeurs ayant peu de disponibilité pour remplir le questionnaire, il a fallu communiquer à plusieurs reprises avec divers employeurs pour clarifier les réponses obtenues.
1.4 Tables rondes de validation
Des tables rondes présentées par R.A. Malatest & Associates Ltd. et le FCA-CAF partout au Canada ont rassemblé des économistes et des employeurs. Ces rencontres visaient à déterminer si la méthodologie retenue avait exclus des coûts ou avantages importants et à valider les résultats relatifs aux coûts et aux avantages.10 Une table ronde a rassemblé des économistes alors que quatre tables rondes ont réuni des employeurs représentant les métiers suivants : technicien à l’entretien et à la réparation d’automobiles, électricien en construction, mécanicien industriel (de chantier) et mécanicien en réfrigération et en climatisation. Au cours de la table ronde réunissant des économistes, R.A. Malatest & Associates Ltd. et Le Conference Board du Canada ont présenté l’approche méthodologique utilisée par l’étude. Au cours des tables rondes rassemblant des employeurs, R.A. Malatest & Associates Ltd. a présenté les résultats relatifs aux coûts et aux avantages de chaque métier. La section 3.3 fait état des commentaires reçus au cours des discussions en tables rondes.
1.5 Structure du rapport
Les renseignements tirés de la recherche-sondage apparaissent dans plusieurs sections de ce rapport. On trouve dans la section 2 une description du modèle coûts-avantages. La section 3 présente un résumé des résultats coûts-avantages détaillés des 15 métiers et les résultats des tables rondes de validation. Enfin, la section 4 présente les résultats du sondage et la section 5, les conclusions du rapport.

- FCA-CAF (2004), L’accès et la réussite des programmes d’apprentissage au Canada: perception des obstacles.
- Voir, par exemple, Roslyn Kunin & Associates, Inc. (2002), Assessment of Training Costs for Machinists, Auto Mechanics and Plumbers Engaged in Apprenticeship Training et R.J. Sparks Consulting Inc. et WGW Services Ltd. (2002), The Cost of Apprenticeship Borne by Employers: Machining and Tooling Trades – Ontario.
- Institute for Employment Research (2003), Net Costs of Modern Apprenticeship Training to Employers.
- Cette étude a été subventioonée par le gouvernement du Canada : Programme des conseils sectoriels.
- Source : Statistique Canada, Recensement de 2001. Il faut souligner que les estimés relatifs à l’emploi des installateurs de réseaux de gicleurs comprennent aussi les monteurs de conduites de vapeur et les tuyauteurs.
- Des tables rondes ont été présentées à Halifax, en Nouvelle-Écosse (techniciens à l’entretien et à la réparation d’automobiles); Ottawa, en Ontario (les économistes); Regina, en Saskatchewan (électriciens en construction); Edmonton, en Alberta (mécaniciens industriels (de chantier)); et Vancouver, en Colombie-Britannique (mécaniciens en réfrigération et en climatisation).
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