Étude de cas : Commission de la construction du Québec – Initiative des compétences essentielles
1.0 Introduction
On estime que le secteur de la construction représente 10 % du produit intérieur brut (PIB) du Québec et qu’il apporte des investissements de 26 milliards de dollars à l’économie. Un emploi sur 20 se trouve dans le secteur de la construction. Comme dans les autres provinces, la construction au Québec est marquée surtout par les fluctuations cycliques et saisonnières, des projets lancés par le secteur public, la mobilité entre employeurs, le lancement facile mais souvent éphémère d’entreprises, le déplacement de la production près du lieu où le produit est utilisé, le manque d’homogénéité du produit, le grand nombre de métiers, de professions et d’employeurs sur un même chantier et des projets de très courte durée. Les relations de travail exigent habituellement des négociations pluripatronales, des négociations dans les secteurs résidentiel, commercial, institutionnel et industriel, dans le génie civil et dans le réseau routier, ainsi que le pluralisme syndical et patronal.
Ces caractéristiques posent des défis en matière de développement des compétences, de la reconnaissance des qualifications, de la gestion des relations de travail, des garanties de sécurité d’emploi et de régimes d’avantages sociaux. En 1987, le gouvernement du Québec a créé la Commission de la construction du Québec (CCQ) pour répondre aux nombreuses critiques au sujet du manque d’apprentis qualifiés, de l’absence de formation répondant aux besoins des employeurs, et de l’accessibilité du secteur de la construction et de ses règlements. Avant la création de la CCQ, il n’existait au Québec aucun organisme rassemblant des représentants du gouvernement, des employeurs et des syndicats de l’industrie de la construction.9
Les représentants des employeurs et des syndicats ainsi que des personnes nommées par le gouvernement siègent au conseil d’administration de la CCQ. Cinq associations syndicales s’y retrouvent : le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International) (CPQMC), la Centrale des syndicats démocratiques (CSD) – Construction, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) – Construction, la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ) – Construction, le Syndicat québécois de la construction (SQC) de même que six associations patronales : l’Association des entrepreneurs en construction du Québec (AECQ), l’Association de la construction du Québec (ACQ), l’Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec (ACRGTQ), l’Association provinciale des constructeurs d’habitations du Québec (APCHQ), la Corporation des maîtres électriciens du Québec (CMEQ) et la Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec (CMMTQ). Le financement de la CCQ lui vient des contributions tirées de la masse salariale totale des travailleurs et des employeurs de la construction.10
« Au cours des dernières années, notre force nous est venue de l’entente entre employeurs et syndicats sur l’acquisition et le maintien des compétences, une entente qui a mené à la création d’un modèle unique et concerté pour le perfectionnement de la main-d’œuvre. »11
Le premier mandat de la CCQ consistait à doter le secteur de la construction d’une main-d’œuvre compétente et qualifiée. Ce mandat a été élargi. De nos jours, la CCQ est responsable de la mise en œuvre de la Loi sur les relations du travail, la formation professionnelle et la gestion de la main-d’œuvre dans l’industrie de la construction (Projet de loi R-20) qui offre un cadre juridique à l’industrie de la construction.12 Le projet de loi R-20 touche quelque 20 000 employeurs et 120 000 travailleurs au Québec et 120 millions d’heures de travail. Dans le cadre de ses responsabilités, la CCQ supervise l’application des conventions collectives, veille au respect des normes régissant l’embauche et la mobilité des ressources humaines, vérifie la compétence des ressources humaines et applique les mesures et programmes de la formation professionnelle. La Commission gère également les régimes supplémentaires d’avantages sociaux.
Le nouveau mandat élargi a donné lieu à la création du Comité sur la formation professionnelle dans l’industrie de la construction. Le comité qui ne regroupe que des associations d’employeurs et de syndicats de la construction conseille la CCQ sur toute question relative à l’offre de main-d’œuvre compétente et abondante dans le secteur de la construction.13
L’infrastructure de formation et de reconnaissance de la CCQ comprend 42 personnes et 37 comités de métier rassemblant les partenaires patronaux et syndicaux. Quelque 350 inspecteurs visitent les chantiers de construction du Québec pour veiller à l’application des quatre conventions collectives. Un Comité consultatif sur les affaires autochtones a été créé au sein de la CCQ. Il rassemble six représentants des Autochtones, six représentants de la CCQ, six représentants des employeurs et six représentants des syndicats. Le Comité a pour but de conseiller le conseil d’administration de la CCQ sur les affaires autochtones.
En 1988, le CCQ a intégré la formation en compétences essentielles au module général de formation technique du programme d’apprentissage, et ce, dans le cadre de la formation continue. Avant 1988, le secteur de la construction au Québec n’offrait aucune formation en compétences essentielles même si on constatait un manque de compétences de base chez les apprentis et chez les personnes de métier. La CCQ a élaboré une formation en compétences essentielles adaptée à chaque métier après avoir analysé en profondeur les compétences essentielles acquises par les travailleurs de la construction.
La CCQ a défini 12 compétences essentielles dont neuf sont identiques à celles de Ressources humaines et Développement social Canada. Les trois compétences essentielles ajoutées à la liste de neuf sont la planification, l’analyse et la résolution de problèmes et les relations avec la clientèle.
La CCQ s’efforce actuellement d’intégrer la formation en compétences essentielles à la formation technique offerte aux étudiants et aux travailleurs autochtones. La formation en compétences essentielles sera axée surtout sur la lecture, l’écriture et le travail avec les autres ou le travail d’équipe. Cette dernière compétence représente un défi pour les travailleurs autochtones qui préfèrent travailler avec d’autres Autochtones. Cela n’est pas possible sur la plupart des chantiers de construction. Les cours conçus et utilisés dans le cadre de la formation en compétences essentielles seront également présentés aux étudiants autochtones après avoir apporté de légères modifications à la stratégie de formation. Lorsque la classe regroupera surtout des étudiants autochtones, on recrutera des instructeurs autochtones pour offrir les cours. La plupart des cours seront offerts dans des centres de formation locaux.
2.0 Description du projet consacré aux compétences essentielles
Type
La CCQ est responsable de l’évaluation des candidats aux divers programmes d’apprentissage. On n’évalue pas toujours les compétences essentielles des candidats à la formation technique lorsqu’ils soumettent une demande pour suivre un programme d’apprentissage. Certains candidats ont déjà acquis une bonne partie de la formation technique lorsqu’on leur offre un perfectionnement de leurs compétences essentielles.
La formation en compétences essentielles n’est pas ajoutée à tous les modules de formation technique. En règle générale, le Comité sur la formation professionnelle de la CCQ évalue la nécessité d’une formation en compétences essentielles dans chaque métier avant d’intégrer cette formation au programme technique. La CCQ et son comité sont responsables de la coordination de la formation offerte par 52 centres de formation partout au Québec.
Public cible
Tous les candidats aux programmes d’apprentissage des 26 métiers de la construction, les apprentis engagés dans un programme et les travailleurs ayant besoin d’un perfectionnement peuvent suivre une formation en compétences essentielles.
Ressources requises
L’industrie fournit plus de 100 millions de dollars au développement des ressources humaines et au recyclage dans les secteurs résidentiel, commercial, institutionnel, industriel, du génie civil et du réseau routier. Le Comité sur la formation professionnelle de la CCQ regroupe 26 sous-comités représentant les métiers et les professions, de même que neuf sous-comités représentant les régions du Québec. Au total, les comités regroupent quelque 400 représentants. Les comités des métiers évaluent l’aspect qualitatif de la formation alors que les comités régionaux s’intéressent à l’aspect quantitatif, soit les besoins en main-d’œuvre de chaque région.
Pendant que la CCQ évalue les demandes d’apprentissage, le Comité sur la formation professionnelle coordonne le type de formation requis ainsi que l’intégration de la formation en compétences essentielles à l’échelle régionale et provinciale.
La CCQ est responsable de l’élaboration des cours de formation en compétences essentielles et de leur intégration à la formation technique générale du programme d’apprentissage. De concert avec ses partenaires syndicaux et patronaux et avec le soutien du ministère de l’Éducation, la CCQ a établi un plan ambitieux en 1988. La Commission a créé en même temps des cours de compétences essentielles pour les 26 métiers de la construction. La CCQ n’a pas développé progressivement des cours de compétences essentielles intégrés pour les métiers. La Commission s’opposait vivement à faire passer certains métiers en premier. Le projet a exigé environ dix ans de travail pour les 26 métiers. Il est intéressant de noter que le développement du cours de compétences essentielles pour les opérateurs de grue a exigé plus de temps en raison du type d’équipement utilisé et de sa complexité.
Le personnel du CCQ responsable de l’élaboration de la formation en compétences essentielles et de son intégration à la formation technique générale possédait diverses compétences : expertise en éducation, en élaboration de programmes éducatifs et connaissances des métiers de la construction.
Il en coûte actuellement 24 millions de dollars par année pour offrir la formation technique de l’apprentissage, la formation en compétences essentielles et le recyclage dans le secteur de la construction du Québec. Ce montant ne comprend pas les salaires ou les ressources humaines servant à évaluer les demandes d’apprentissage et à définir la formation technique ou la formation en compétences essentielles exigées dans le cadre du programme technique global.
3.0 Avantages de l’initiative
Même si on n’a réalisé aucune évaluation formelle du projet des compétences essentielles dans le secteur de la construction au Québec, la CCQ estime que l’initiative a été très avantageuse pour le secteur en améliorant les communications entre la Commission, ses clients et l’industrie. Un nombre croissant de clients communiquent dorénavant avec la CCQ par l’entremise d’Internet ou d’ordinateurs, une différence marquée par rapport aux moyens utilisés jusqu’à tout récemment. Le manque d’argent et de ressources humaines explique, en partie, pourquoi aucune évaluation formelle n’a été réalisée à ce jour.
Au nombre des autres avantages, la CCQ a observé une amélioration de la qualité des produits ou du travail dans le secteur. Travailleurs et employeurs éprouvent une plus grande satisfaction par rapport à leur travail et il existe une meilleure communication verbale et écrite dans le secteur. Même s’ils n’ont pas été mesurés de façon précise, les taux de réussite des programmes d’apprentissage ont connu un accroissement au cours des dernières années. De plus, la main-d’œuvre du secteur de la construction québécois est maintenant plus jeune que celle du secteur manufacturier. On observait habituellement l’inverse. Cela indique que les jeunes travailleurs choisissent le secteur de la construction et y restent.
La CCQ souhaiterait étudier l’impact que le projet a eu sur la sécurité au travail. On s’entend habituellement pour dire que la formation technique et la formation en compétences essentielles ont des répercussions sur la sécurité au travail. Cette conséquence est souvent observée, mais elle n’a pas encore été étudiée et mesurée.
4.0 Facteurs de succès
Le succès du projet repose sur la coordination et la participation de tous les employeurs et des syndicats de l’industrie au développement et à l’intégration de la formation en compétences essentielles à la formation technique offerte aux apprentis. La collaboration et le partenariat établi avec le ministère de l’Éducation ont aussi joué un rôle important dans le succès du projet. Ce partenariat assure toujours la CCQ du soutien nécessaire pour conserver et mettre à jour les programmes. Enfin, le succès du projet tient aussi à l’expertise et aux connaissances de l’équipe de la CCQ ayant élaboré la formation en compétences essentielles et l’ayant intégrée à la formation technique.
La CCQ a tiré une importante leçon de l’élaboration de la formation en compétences essentielles : il faut prendre le temps voulu pour que tous les intervenants retiennent les mêmes buts, objectifs et cibles et qu’ils y souscrivent. Tout le long de l’élaboration du projet, il n’a pas été facile de maintenir l’attention de toutes les parties et de leur faire adopter la même orientation.
Avec le recul, on peut affirmer qu’une approche par étapes aurait facilité la tâche de la CCQ au chapitre de la gestion et de l’intégration des compétences essentielles. Il était pour le moins ambitieux, au départ, d’adapter la formation en compétences à chaque métier, puis de l’intégrer à la formation technique de tous les métiers de la construction en même temps.
5.0 Les défis
Le plus grand défi auquel fait face la CCQ est la nécessité d’actualiser les cours techniques et la formation en compétences essentielles pour que le programme éducatif demeure pertinent. Cela exige de nombreuses heures de travail et des investissements importants. La CCQ et ses partenaires se penchent actuellement sur cette question.
Lorsque les étudiants, les apprentis et les gens de métier ne comprennent pas les avantages offerts par la formation et par l’apprentissage continu, ils manquent de motivation pour suivre la formation. Il devient alors très difficile de recruter des étudiants et des travailleurs plus âgés. On réussit à surmonter cet obstacle en offrant une formation gratuite et en établissant des liens directs entre la formation et l’emploi.
La culture et les traditions des Autochtones posent un défi particulier à la CCQ quand celle-ci souhaite intégrer ces travailleurs et ces étudiants à la main-d’œuvre du secteur de la construction. On a surmonté l’obstacle en adaptant quelque peu la formation offerte aux étudiants autochtones.
6.0 Orientations futures
« … Tout est en place pour assurer une culture de formation permanente », souligne André Ménard, président-directeur général de la CCQ, au cours d’une entrevue. Au cours des cinq prochaines années, une des principales activités de la CCQ consistera à mettre à jour les cours de formation technique et de compétences essentielles. Il sera également essentiel d’intégrer le programme actuel aux cours. La CCQ continuera à intégrer la formation en compétences essentielles à la formation technique et à l’offrir aux étudiants autochtones pour que l’industrie de la construction emploie un plus grand nombre de travailleurs autochtones. La CCQ aimerait également, d’ici cinq ans, consacrer des efforts à l’intégration des femmes et des immigrants aux métiers spécialisés. Ces groupes représenteront, à l’avenir, une importante source de travailleurs pour le secteur. La CCQ s’efforcera également de réduire le taux d’analphabétisme chez les nouvelles personnes de métier du secteur de la construction. De plus, l’organisme prévoit offrir une formation aux formateurs autochtones pour qu’ils soient en mesure d’offrir une formation aux futurs travailleurs de leurs communautés.
7.0 Personne-ressource du programme ou du projet
Chantal Dubeau, Directrice Direction de la formation professionnelle Commission de la construction du Québec 3530, rue Jean-Talon Ouest Montréal QC H3R 2G3 Tél. : 514-341-7740, poste 6617 Téléc. : 514-736-6742 Courriel : chantal.dubeau@ccq.org

- 15 ans à vos devoirs, à vos mémoires, CCQ.
- 15 ans à vos devoirs, à vos mémoires, CCQ.
- Entrevue avec André Ménard, président-directeur général, Commission de la construction du Québec (2006).
- Site Web de la CCQ. Récupéré de http://www.ccq.org/A_QuiSommesNous.aspx?lang=fr-ca&profil=GrandPublic.
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